Le scrutin législatif en Algérie le 2 juillet : De la répartition des « quotas » à la détermination préalable de la liste nominative des députés
Farouk L. Benzaïm, Algeria-Watch
À l’issue de la période légale de la campagne électorale actuelle, on peut affirmer — sans aucune réserve — que l’Algérie n’a pas connu, depuis son indépendance en 1962, de campagne électorale aussi morose, dépourvue d’intérêt populaire et de toute présentation de programmes politiques sérieux.
En effet, tous les indicateurs liés au scrutin législatif prévu le 2 juillet prochain confirment que la rupture entre les électeurs, le pouvoir et la classe politique qu’il a mise en place est désormais totale, et qu’une conviction largement répandue s’est ancrée chez les citoyens selon laquelle les élections ne constituent plus un levier de changement politique, économique ou législatif, et que toutes les voies mènent au boycott ou à l’abstention.

Une part importante de ce désengagement populaire tient au fait que ce deuxième scrutin législatif depuis le Hirak populaire de février 2019 est organisé sans garanties d’élections transparentes conformes aux normes internationales, qu’il s’agisse de la liberté de se présenter aux élections ou des autres libertés politiques et civiles. En effet, le pouvoir, par le biais de son dispositif législatif et de ses mesures administratives et sécuritaires, a imposé aux partis jusqu’aux noms qu’ils ne devaient pas présenter. Ce scrutin devient ainsi un tournant décisif qui fait passer l’Algérie de l’ère de la répartition des « quotas » de sièges parlementaires entre les appareils des partis depuis 1997 à une nouvelle ère marquée par la détermination préalable de la liste nominative des futurs députés ; une orientation qui pourrait rivaliser — sur le plan symbolique — avec le génie de Marcel Edmond Naeglen, ce gouverneur français devenu la référence en matière d’élections truquées après le scrutin de 1948.
Restriction de la liberté de se présenter aux élections au nom de l’article 200 de la loi électorale
Ce qui caractérise le plus ce scrutin, c’est la restriction de la liberté de se présenter aux élections et du droit des partis à choisir leurs représentants, ce qui constitue un recul que l’Algérie n’avait pas connu, même à l’époque du parti unique, lorsque la bureaucratie du parti du Front de libération nationale monopolisait ce rôle.
Au nom de l’article 200 de la loi électorale adoptée au printemps 2026, plus de 30 % des candidats ayant déposé leur dossier ont été écartés. L’alinéa 7 de cet article stipule que le candidat ne doit pas être « connu du grand public pour ses liens avec des milieux financiers et d’affaires suspects, ni pour son influence, directe ou indirecte, sur le libre choix des électeurs et le bon déroulement du processus électoral ».
Cette formulation vague a largement ouvert la voie à l’administration et aux services de sécurité, qui s’en sont servis comme prétexte pour écarter tous les candidats susceptibles de faire obstacle aux noms que le pouvoir souhaite imposer au sein de la chambre basse du Parlement.
L’Autorité nationale indépendante des élections a, selon ses données officielles, traité 788 dossiers de déclaration collective de candidature sur le territoire national, regroupant au total 10 168 candidats. D’après le bilan annoncé, 77 listes électorales ont été définitivement acceptées, contre 31 rejetées, dont 16 pour ne pas avoir atteint le nombre légal requis de formulaires de signatures individuelles, conformément aux dispositions de l’article 202 de la loi électorale.
En ce qui concerne les candidats eux-mêmes, les chiffres ont montré que le nombre de candidats admis s’élevait à 6 994, soit 70 % du nombre total de candidats ayant déposé leur dossier. En revanche, le nombre de candidats rejetés s’est élevé à 3 174, soit 30 % du total des dossiers examinés.
La situation n’a pas été très différente pour les circonscriptions électorales à l’étranger. Le bilan a montré que les autorités ont examiné 66 dossiers de déclaration collective de candidature regroupant 528 candidats. Ce processus a abouti à l’acceptation de 10 listes et au rejet de 10 autres, tandis que 46 listes sont restées en attente d’une décision définitive après l’achèvement de la procédure de recours.
Le nombre de candidats acceptés à l’étranger s’est élevé à 364, soit 70 %, contre 164 candidats rejetés, soit 30 %, ce qui correspond à peu près au même pourcentage que celui enregistré sur le territoire national.
La sélection des députés repose sur le principe d’interdire toute critique des politiques publiques et de ceux qui dirigent le pays
Depuis la répression du Hirak populaire, qui a coïncidé avec la propagation de la pandémie de coronavirus fin 2019, le pouvoir a fait de la prévention de la résurgence de ce mouvement une priorité absolue. Des lois ont ainsi été promulguées pour criminaliser l’action politique et restreindre toute forme de lutte pour le changement en dehors des règles du jeu imposées par le régime.
Qu’il s’agisse de la fermeture des médias aux opinions non conformes à la ligne officielle, d’adopter des législations répressives pour contrôler les réseaux sociaux, de dissoudre les associations ou de mettre sous pression les militants et les syndicalistes, le pouvoir s’emploie — parallèlement à l’élaboration de la liste nominative des députés — à imposer une orientation unilatérale qui empêche toute critique ou opposition au sein même du Parlement.
Les tentatives de certains partis d’inscrire sur leurs listes des militants issus du mouvement de contestation ou de mouvements sociaux, tels que le Mouvement des chômeurs du Sud, ou encore certains syndicalistes, se sont heurtées au refus de l’administration chargée d’examiner les dossiers, qui s’est appuyée sur les dispositions de la loi électorale.
La prochaine APN : Une façade nouvelle biologiquement dans un système politique obsolète qui monopolise le pouvoir et menace l’existence même de l’État
La propagande officielle, par le biais des organes médiatiques asservis, s’emploie à gonfler les chiffres et les données publiés par l’autorité électorale afin de masquer la privation du droit et de la liberté de se présenter aux élections, qui s’est traduite par l’exclusion de plus de 30 % des candidats.
Cette excès s’arrête au pourcentage de candidates, qui a atteint 21 % du nombre total de candidats, soit 2 032 candidates, et au fait que les jeunes de moins de 40 ans représentent plus de la moitié des candidats, avec 5 304 candidats, soit 54 %. De même, la propagande ne manque pas de souligner que le nombre de candidats titulaires d’un diplôme universitaire s’élève à 4 673, soit environ 47 % du total.
Cette propagande officielle montre que le pouvoir, dans la répartition des 422 sièges de la première chambre du Parlement, a tranché en créant une façade nouvelle sur le plan générationnel, mais vieille sur le plan politique, car le pouvoir refuse la transformation politique au profit de la transformation biologique ; il rejette toutes les formes de transition démocratique et renforce la suppression de toutes les libertés, mais il fera appel à ses experts et à ses docteurs de la propagande pour affirmer, à la veille de l’annonce des résultats, que la prochaine assemblée populaire nationale (APN) a consacré la domination des jeunes, des femmes et des diplômés au sein du Parlement. C’est une propagande qui occulte l’essentiel : le scrutin législatif du 2 juillet a fait passer l’Algérie de l’ère de la répartition des « quotas électoraux » à celle de la détermination préalable de la liste nominative des députés, une ère qui consacrera l’autocratie et la domination du pouvoir, mais qui accroîtra la fragilité de la société et affaiblira l’État.
Quand les décideurs prendront-ils conscience des dangers liés à la formation d’un organe législatif aussi fragile, qui ne garantit pas le minimum requis en matière de culture d’État ?