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Donald Trump, empereur d’un monde sans droit

Rafik Lebjaoui – AW – 30 novembre 2025

La diplomatie trumpienne « transactionnelle » est celle d’un dirigeant sans loi qui impose ses vues à ses partenaires-caniches, les européens en particulier, ou à ses adversaires jugés faibles et sans capacité de nuisance. Dans un festival de formules à l’emporte-pièce entre arrogance, mépris et grossièreté. Au-delà de ses foucades et de ses abus, l’administration Trump, expression achevée de l’impérialisme, a bel et bien sonné le glas du droit international.

Depuis son accession au pourvoir en janvier 2025, le président Donald Trump accapare l’espace public jusqu’à saturation. Une petite phrase par-ci, une déclaration provocatrice par-là, et la cohorte médiatique accourt tel un drogué à la recherche de son shoot de sensationnel. Les très rares journalistes qui tentent de lui apporter la contradiction sont rabroués sans ménagement ou tout simplement insultés comme cette journaliste traitée de truie.

Mais le président des États-Unis, qui se voit comme le leader de la planète, ne se contente pas des médias américains: il occupe l’espace médiatique à l’échelle du monde. Le locataire de la Maison-Blanche s’ingère sans la moindre retenue dans les affaires d’autres pays. Formulant, dans un langage cru, des demandes ahurissantes quand il s’agit d’amis, ou proférant des menaces contre ceux qui lui déplaisent.  On se souvient de son désir d’annexion du Groenland, de son annonce récente de fermer son pays aux ressortissants du « tiers-monde », de son refus d’inviter l’Afrique du Sud au prochain sommet du G20 au prétexte inepte que Prétoria se livrerait à un génocide antiblancs…

Le maitre du monde « libre »

Mais il n’est pas inutile pour situer le personnage et son action internationale de passer en revue quelques-unes de ses curieuses interventions de politique étrangère.

Au Parlement de l’entité sioniste, après avoir prononcé un discours dont de larges passages devraient constituer des pièces à conviction dans un procès pour complicité de génocide, le président Donald Trump a demandé publiquement au président de l’entité Isaac Herzog de gracier le premier ministre Benyamin Netanyahou dans une affaire de corruption pour laquelle il est poursuivi depuis plusieurs mois. Du jamais vu. Et cela en contradiction directe avec le droit de l’entité elle-même qui n’envisage de grâce que si l’accusé reconnaît ses infractions à la loi.

Bien entendu, quelques semaines plus tard, Benyamin Netanyahou transmet une lettre au chef d’état Isaac Herzog lui demandant une grâce sans toutefois reconnaître les malversations. L’action de Donald Trump avait clairement pour but de tordre le bras au président israélien en formulant cette demande en public, et, dans la foulée, s’essuyer les pieds sur la loi elle-même pour sauver son ami le criminel Netanyahou.

Car toute l’œuvre de Donald Trump depuis qu’il est élu est de faire passer sa « loi » au-dessus des lois.

L’empire contre le droit

Donald Trump a imposé cet état de fait dans son pays en signant à la chaine des décrets devant les caméras de télévision pour exhiber sa toute-puissance à sa base électorale. Alors même, qu’en réalité beaucoup de ces décrets sont toujours suspendus aux décisions des juges. Notamment les fameux tarifs douaniers sur lesquels la Cour suprême doit se prononcer.

Après Israël, Donald Trump a gracié l’ex-président du Honduras Juan Orlando Hernandez, qui purgeait une peine de 45 ans de prison aux États-Unis pour trafic de drogue.

Cette annonce est intervenue à deux jours d’un scrutin présidentiel crucial, où la droite représentée par Nasry Asrufa aspire à reprendre le pouvoir. Il se trouve, ce n’est pas un hasard, que l’ex-président emprisonné aux États-Unis est de la même famille politique que le candidat de droite. D’ailleurs, Donald Trump n’hésite pas à appeler à voter pour le candidat Nasry Asrufa. En annonçant la grâce de l’ex-président, Juan Orlando Hernandez, le président américain souhaite évidemment donner un coup de pouce supplémentaire à son candidat favori au Honduras.

Toute l’ironie dans cet épisode réside dans le fait que Donald Trump voudrait gracier un président latino-américain emprisonné pour trafic de drogue, alors qu’il veut arrêter le président du Venezuela Nicolas Maduro qu’il accuse, sans la moindre preuve, d’être un chef de réseau de trafic de drogue. Plus encore, sans doute poussé par son ultraréactionnaire ministre des Affaires étrangères Mario Rubio, il menace ni plus ni moins d’envahir le Venezuela. Le prologue de cette aventure impériale a consisté à ordonner, sans aucune base juridique, le bombardement d’embarcations dans la mer des Caraïbes causant la mort de plusieurs personnes sans qu’elles aient été jugées et condamnées.

Enfin, Donald Trump s’est immiscé dans les affaires intérieures du Brésil en demandant la libération de son ami l’ex-président Jair Bolsonaro, condamné à 27 ans de prison pour tentative de coup d’État contre le président élu Luiz Inacio Lula da Silva. Ne se contentant pas des déclarations agressives contre la justice brésilienne, Donald Trump a imposé des tarifs douaniers supplémentaires au Brésil pour forcer les autorités à reculer. Ce coup de force n’a finalement pas marché puisque Bolsonaro est toujours en prison et Donald Trump a dû reculer sur les droits de douane.

Le visage sans fard de l’impérialisme

La liste des déclarations intempestives et postures provocatrices du Grand Maitre du MAGA (Make America Great Again) est interminable, on retiendra néanmoins le soutien apporté au prince héritier saoudien à qui un représentant de la presse US demandait son sentiment sur l’assassinat atroce d’un journaliste – Jamal Kashoggi – perpétré le 2 octobre 2018 à Istanbul par des membres de son entourage sécuritaire. Donald Trump a osé qualifier de « personnage controversé » ce journaliste supplicié qui possédait la nationalité américaine…

La morgue, alliant brutalité et vulgarité, du président américain illustre jusqu’à la caricature la décadence morale des directions réactionnaires de la première puissance mondiale. C’est dans l’outrance du propos et la trivialité du style que s’exprime le mode opératoire censé régler la crise multidimensionnelle de l’empire US et son recul global face à la Chine. Le complexe militaro-industriel, les multinationales et les lobbies racistes n’agissent que par la force brute, le chantage et l’intimidation.

Après avoir surpris et choqué la planète entière, le président Donald Trump a imposé une perception nouvelle du leadership américain, d’un cynisme éhonté. La première puissance mondiale apparait sous un jour cru, sans le maquillage de civilité feinte et de respect apparent des formes qui caractérisaient l’establishment politique traditionnel. En définitive, « l’effet » Trump est la révélation à ciel ouvert de la nature violente, raciste, et sans égard pour le droit d’une contre-élite de businessmen, de Wall Street à la Silicon Valley, aux commandes de l’empire. Au-delà de ses postures et de ses saillies, Donald Trump n’est que le continuateur d’une politique de mort mise en œuvre par Washington depuis la fin de la seconde guerre mondiale.