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Liberté académique et conflit israélo-palestinien, l’affaire française

Daniele Joly –Professeur émérite au Département de sociologie à l’Université de Warwick Coventry, Royaume Uni – 1er janvier 2026

Introduction

Peu après le 7 octobre 2023, un article de journal intitulé « Conflit israélo-palestinien : une chape de plomb s’est abattue sur l’université française », mit en relief la situation critique des universités et des chercheurs français.1 La pression accrue sur les libertés académiques n’a eu de cesse depuis cette date et de nombreux universitaires2 ont souligné les obstacles entravant tout commentaire scientifique sur les événements au Moyen-Orient. Plus grave encore, cette offensive s’inscrit dans un environnement assiégeant les libertés démocratiques dans leur ensemble en France, mais aussi à une échelle internationale aux tendances similaires. De surcroît, les attaques contre les libertés académiques ne sont pas nées de la génération spontanée et n’ont pas attendu le 7 octobre 2023 pour se manifester mais relèvent d’un continuum remontant à 2020, lorsque les universités et les chercheurs furent confrontés à une offensive concertée. Nous postulons qu’il n’y a pas de solution de continuité entre les deux phases de l’offensive contre les libertés académiques (2020-23 et post-octobre 2023), qui sont étroitement interconnectées non seulement par la chronologie mais aussi le contenu, qu’il s’agisse du contexte socio-politique général ou des libertés académiques en particulier. C’est pourquoi nous étudierons en premier lieu les restrictions de la période 2020-2023, avant d’examiner en détail le processus répressif post-7 octobre. Une troisième partie traitera la réponse des universitaires et leurs revendications concernant les libertés académiques.

Nous partons du principe que les libertés académiques comprennent la liberté d’enseignement, de recherche et de diffusion (Popovic et al. 2022). Des résolutions internationales soulignent que les libertés académiques sont une condition préalable pour que les universitaires et universités soient en capacité de remplir leur responsabilité de transmission des connaissances en tant que bien public.3 Les libertés académiques, tout comme la production, la transmission, et l’utilisation du savoir, sont invariablement soumises aux relations de pouvoir. Cet article n’a pas pour ambition de traiter tous les protagonistes menaçant les libertés académiques. Il se concentre sur les acteurs politiques et gouvernementaux, en capacité d’infliger des dégâts considérables du fait qu’ils détiennent le pouvoir ; qui trouvent parfois des alliés au sein du milieu universitaire. La majorité de nos sources s’appuient sur les médias couvrant la période 2020-2025, où la voix des politiciens, universitaires et autres interlocuteurs s’est exprimée. Nous nous appuyons également sur la littérature grise et secondaire, les communiqués, les textes juridiques, les archives et les entretiens obtenus parmi les milieux académiques (réalisés par l’auteur). Les réseaux sociaux n’ont pas été pris en compte, car un corpus aussi riche mériterait une étude à part entière.

Islam et musulmans

Contexte général

Les attaques contre les libertés académiques entre 2020 et 2023 sont associées à la place de l’Islam en France et dans le monde. La révolution de 1979 en Iran annonça l’émergence de l’Islam en installant un régime islamiste, après avoir renversé un gouvernement soutenu par l’Occident. En 2001, les attentats d’Al-Qaïda contre les tours jumelles de New York ont marqué un tournant, propulsant l’Islam sur le devant de la scène. S’ensuivirent l’intervention militaire des USA et de leurs alliés en Afghanistan et en Irak, et la naissance de Daesh survenue du chaos causé par l’occupation militaire de l’Irak. Puis, Daesh fut à l’origine d’attaques terroristes dramatiques dans plusieurs pays européens, dont la France et la Grande-Bretagne. Ce cadrage international positionnant l’Islam en tant qu’ennemi public numéro un, convergeait avec le contexte français où une guerre culturelle a été menée de longue date, en lien avec des controverses politiques sur les musulmans, les immigrés et l’histoire nationale. Notamment, la guerre d’Algérie (1954-1962) a été le terreau de formation du Front national (fondé en 1972, FN), rebaptisé Rassemblement national en 2018 (RN), qui stigmatisait les immigrants d’anciennes colonies, dont la plupart étaient musulmans. (Bertossi 2016, Wieviorka 1992). D’autres partis ont manifesté leur méfiance envers les musulmans, comme le parti de droite Les Républicains (LR) qui s’en prenait aux « problèmes du communautarisme » (Joly 2007). Par la suite, certains secteurs du Parti socialiste (PS) se sont exprimés sur un antagonisme présumé entre laïcité et Islam (Baubérot 2014, Pfefferkorn 2022).4 Une forme culturelle de racisme, l’islamophobie, a dépeint les musulmans comme des ennemis de l’intérieur, incompatibles avec les valeurs occidentales, et qui trouveraient leurs homologues au-delà des frontières nationales. En a résulté leur criminalisation et une sorte de panique morale associée à l’Islam (Esmili 2025). Dans son sillage, bon nombre de lois, décrets et circulaires administratives ont visé les musulmans, dont beaucoup se sont focalisés sur le code vestimentaire des femmes musulmanes (Joly et Wadia 2017). De plus, l’année 2015 a été marquée par une série d’attaques terroristes importantes à Paris/Île-de-France et en 2016 à Nice. Le gouvernement a répondu par un état d’urgence de deux ans (reconduit six fois),5 et l’intégration de nombreux de ses instruments juridiques dans le droit commun, réduisant l’action de la justice au profit des interventions policières.6 L’image néfaste de l’Islam et des musulmans a encore été renforcée après le meurtre de deux professeurs d’histoire en octobre 2020 et octobre 2023.7

Le gouvernement a persisté dans sa poursuite des musulmans en promulguant la Loi confortant le respect des principes de la République (24 août 2021), et sa clause sur l’obligation d’engagement républicain, imposée à toutes les associations récipiendaires de fonds publics.8 Nous verrons qu’il a tenté d’imposer un engagement similaire aux universitaires, exigeant d’eux le respect des « valeurs de la République ». L’exercice des libertés académiques en aurait été gravement empêché mais ce projet a suscité une telle indignation générale dans l’université qu’il a été abandonné. Auparavant, avait paru la loi de 2014 renforçant les dispositions relatives à la lutte contre le terrorisme,9 dont nous verrons qu’elle sera considérablement élargie le 10 octobre 2023 par la Circulaire relative à la lutte contre les infractions susceptibles d’être commises en lien avec les attaques terroristes subies par Israël depuis le 7 octobre 2023.10 Le gouvernement n’a pas relâché ses actions contre l’Islam et les musulmans, comme en témoignent la promulgation de la Loi confortant le respect des principes de la République et la Loi pour une sécurité globale de 2021. Cette politique s’est concrétisée inter alia par l’interdiction d’organisations musulmanes comme la Coordination contre le racisme et l’islamophobie en 2021, l’Institut européen des sciences humaines en 2025. Amnesty International a dénoncé le profilage racial par la police, la surveillance renforcée des communautés musulmanes, les descentes dans des mosquées et/ou la fermeture des organisations monitoring l’islamophobie.11 Plusieurs ministres ont refusé de qualifier d’« islamophobie », l’assassinat d’un musulman qui priait seul dans une mosquée, et le ministre de l’Intérieur Retailleau a été critiqué pour la discrétion de sa réaction.12 Un rapport parlementaire a révélé que les actions antimusulmanes étaient massivement sous-estimées, tandis que les actions antisémites bénéficiaient d’une reconnaissance accrue (Mostfa 2025). Le discours politique et la couverture médiatique continuent d’exacerber la panique morale attachée à l’Islam. En 2025, le président Macron a requis un rapport sur les Frères musulmans sur des allégations d’ « entrisme » dans le but de diffuser la charia, puis a réuni un Conseil de défense consacré à la lutte contre l’islamisme et les phénomènes de séparatisme et d’entrisme le 7 juillet 2025.13 Gabriel Atal, alors chef du parti présidentiel, a appelé à interdire les foulards pour les mineures de moins de 15 ans dans tous les espaces publics, y compris la rue.14 Ces multiples lois et politiques livrent un message sans équivoque : l’Islam est incompatible avec les valeurs de la République, les musulmans ne sont pas intégrables dans la société française et mettent en péril la culture française, l’Etat de droit ou, pire encore, ce sont des islamistes fanatiques préparant des attentats terroristes. Ils sont représentés comme l’ennemi intérieur dans la société française, qui trouveraient aussi leurs homologues dans d’autres parties du monde. Cela se rapproche du processus par lequel les communistes étaient représentés comme des ennemis de l’intérieur, des traîtres à la solde de l’Union soviétique, du temps de la guerre froide et du maccarthysme.

Attaques contre les universitaires : islamo-gauchisme

La guerre culturelle contre l’islam dans la société française plaça les universités au cœur de la tourmente. En effet, elles devinrent une cible de choix pour le pouvoir, étant le lieu de production, d’enseignement et de diffusion du savoir. L’Etat et les politiciens déployèrent un assortiment de stratégies pour les contrôler, les discréditer et les délégitimer. L’un des principaux instruments employés fut d’ériger les universitaires en ennemis de l’intérieur, à l’image de ce qui a été fait pour les musulmans. Ces agissements sont les marqueurs d’une tendance générale propice un à régime de vérité néolibérale, validée par le marché (Laval 2021 : 118-119), à l’anti-intellectualisme (Fassin 2025) et la post-vérité, à l’échelle nationale comme internationale. Rappelons l’altercation de JD Vance, alors candidat à la vice-présidence des États-Unis en 2024 : « Les universités sont l’ennemi. »

Cette construction d’un « ennemi intérieur » a frappé tout particulièrement les sciences sociales et humaines, aux côtés de certains secteurs de la population, d’associations de la société civile et de la gauche politique. En 2020-21, l’accusation d’islamo-gauchisme s’est convertie en cri de ralliement contre les universitaires ; un terme précédemment diffusé en France par un chercheur d’extrême droite (Hajjat 2025). Auparavant, le Printemps Républicain, un think tank

politique fondé en 2016, s’était fixé deux objectifs centraux : combattre l’islam et l’antisémitisme contre les « idéologies délétères » dispensées par des prétendus « entrepreneurs identitaires » ; aux côtés de Vigilance Universités, qui regroupait des chercheurs de la même chapelle.15 Le président Macron a ouvert le bal d’une guerre culturelle renouvelée en attaquant les sciences sociales au cours de son discours des Mureaux le 2 octobre 2020, qui a servi de tremplin à une importante loi sur le « séparatisme » visant les musulmans et l’Islam dans la société française.16 Une sorte de cabale a pris forme parmi les politiques au plus haut niveau de l’État pour lancer une offensive contre les universitaires concernés, avec le soutien de certains de leurs collègues. Les condamnations pour « islamo-gauchisme » ont fait flores. Le ministre de l’Éducation, Blanquer, a inauguré l’anti-islamo-gauchisme le 23 octobre 2020,17 ayant par ailleurs fondé deux think tanks : l’Observatoire du décolonialisme et des idéologies identitaires,18 et le Laboratoire de la République, avec pour objectif de « gagner la bataille des idées », en particulier dans le domaine académique, « qui a eu à subir les avancées du wokisme et de la cancel culture ».19 La ministre des Universités, Vidal, et le ministre de l’Intérieur, Darmanin, ont rejoint la curée les 14 et 21 février 2021, aux côtés de plusieurs députés et sénateurs. Nous citerons deux cas emblématiques de cette offensive qui s’est poursuivie sur plusieurs mois. Tout d’abord, la ministre des Universités a demandé au Conseil national de la recherche scientifique (CNRS), une enquête sur un prétendu islamo-gauchisme qui « gangrène » l’ université (le 14 février 2021), une formulation porteuse de graves implications sur la nécessité d’éradiquer les tendances et les individus concernés.20 Dans la foulée, elle a disqualifié ces universitaires, les accusant de poursuivre un agenda idéologique plutôt que scientifique, affirmant que l’enquête du CNRS devait opérer « de manière à ce qu’on puisse distinguer de ce qui relève de la recherche académique de ce qui relève justement du militantisme et de l’opinion », jetant ainsi des doutes sur la légitimité scientifique de ces chercheurs (divers entretiens dans les médias et le 16 janvier 2021 au Sénat).21 Le ministre de l’Éducation Blanquer, a lancé des accusations plus sinistres encore contre les universitaires

« islamo-gauchistes » et la France insoumise (LFI) leur imputant « une vision du monde qui converge avec les intérêts des islamistes. Cette réalité a gangrené notamment une partie non négligeable des sciences sociales françaises. ».22 Cette allégation est loin d’être anodine, puisqu’elle a été énoncée peu après la décapitation d’un professeur par un terroriste islamiste le 16 octobre 2020.23 Par la suite, des accusations de « wokisme » ont rejoint celles d’’islamo- gauchisme, puis s’y sont ajoutés les thèmes de cancel culture, race, genre, études décoloniales, néoféminisme, la méthodologie de l’intersectionnalité, etc. Ces dénonciations ont été reprises par certains universitaires, notamment ceux qui ont participé à une conférence organisée à la Sorbonne en janvier 2022, grâce au financement d’un think tank Blanquer. Soit dit en passant, ces universitaires sont les mêmes qui se sont ensuite ralliés au gouvernement, lors d’attaques contre les manifestations propalestiniennes (voir ci-dessous).

Le conflit israélo-palestinien

Contexte général : Antisémitisme

La question de l’antisémitisme et des mouvements propalestiniens a été projetée sur le devant de la scène le 7 octobre 2023. D’une part, l’antisémitisme est un phénomène séculaire

dans le monde occidental. D’autre part, le conflit israélo-palestinien relève d’un long héritage de colonisation et d’impérialisme, la Grande-Bretagne et la France, plus tard supplantées par les États-Unis, s’étant partagé le contrôle du Moyen-Orient et de ses ressources. La convoitise des richesses pétrolières ont fait d’Israël un avant-poste précieux pour les puissances occidentales et en particulier pour les États-Unis dans la région. Par ailleurs, la France ne s’est pas départie de son histoire coloniale et vit encore à l’ombre de la guerre d’Algérie, avec son bagage de préjugés anti-Arabes et anti-musulmans. Un scénario s’est profilé qui semble inscrire le conflit israélo-palestinien dans le cadre d’un choc civilisationnel entre l’Islam et les valeurs occidentales, selon lequel l’État israélien serait considéré par ces puissances comme un allié de l’Occident. Après le 7 octobre 2023, les discours et interventions gouvernementales se sont concentrés sur l’antisémitisme, évinçant l’islam sans pourtant l’éclipser. Une double orientation a été mise en œuvre qui caractérise la période : un soutien officiel indéfectible à Israël, et la répression des mouvements propalestiniens (Kawabiki 2023). Le 10 octobre 2023, la présidente de l’Assemblée nationale a promis « au nom de la représentation nationale, notre totale solidarité et notre soutien inconditionnel à Israël », ce qu’elle a réaffirmé lors d’une visite en Israël le 21 octobre.24 Malgré la polémique déclenchée par l’adjectif « inconditionnel », la France a maintenu son appui solide tout au long de la longue offensive militaire à Gaza,25 alors que l’État hébreu était condamné pour crimes de guerre par les Nations unies (ONU).26 Le soutien continu de la France à Israël est mis en évidence par des actions tangibles et vérifiables, à savoir la vente d’armes offensives utilisées par Israël contre Gaza. En mars 2024, le ministre de la Défense avait déclaré au Sénat que la France ne vendait pas d’ « armements constitués, toujours des composants », des pièces destinées au système de protection, « c’est notamment le cas du petit composant des dômes de fer .»  Il a aussitôt été démenti par le vice-président de la Commission des affaires étrangères et de la défense du Sénat, pointant que ces composants étaient destinés à des mitrailleuses. Le 5 octobre 2024, le président Macron a prononcé l’arrêt des ventes d’armes à Israël, tout en affirmant « l’engagement indéfectible de la France à la sécurité d’Israël

».27 Il semble que ses déclarations sur les armes n’aient pas été suivies d’effet puisque, le 4 juin 2025 à Fos-sur-Mer, des dockers ont bloqué l’embarquement de composants de mitrailleuses sur un navire en partance pour Haïfa.28 Aucun doute ne subsiste sur la livraison interrompue d’armes par la France à Israël. En effet, en février 2025, 230 organisations, dont Amnesty International, ont exigé la fin de la fourniture d’armes françaises à Israël.29

Concernant les manifestations de soutien à Gaza, le ministre de l’Intérieur de l’époque, Darmanin, s’est hâté d’envoyer un télégramme à tous les préfets le 12 octobre 2023, leur ordonnant d’interdire toutes les manifestations en faveur de la Palestine et préconisant des sanctions sévères. Bien que le Conseil d’État, saisi par une association propalestinienne, ait statué que ces prérogatives incombaient exclusivement aux préfets et que le ministre de l’Intérieur n’en n’avait aucunement l’autorité, le message demeurait clair.30 Comme on pouvait s’y attendre, plusieurs de ces manifestations furent interdites.31 En conséquence, de nombreuses manifestations ont eu lieu sans autorisation, associées à des risques concomitants. Devant ces interdictions, le président de l’association France-Palestine Solidarité a accusé le gouvernement de « faire taire la voix du peuple français ».32 Certains politiciens ont même jugé condamnable de déplorer la mort de civils palestiniens à Gaza, dont voici un exemple éclairant. Le ministre de l’Intérieur a accusé le footballeur de renommée internationale, Karim Benzema, d’être « en

lien, on le sait tous, notoire avec les Frères musulmans » et de prosélytisme en faveur de normes islamiques rigides, au motif qu’il avait adressé « toutes [ses] prières pour les habitants de Gaza victimes une fois de plus de ces bombardements injustes qui n’épargnent ni femmes ni enfants

». L’entourage du ministre a abondé dans son sens, soulignant la « lente dérive des prises de position de Karim Benzema vers un islam dur, rigoriste, caractéristique de l’idéologie frériste consistant à diffuser les normes islamiques dans différents espaces de la société ». La surenchère s’est poursuivie par la déclaration d’une sénatrice, LR, proposant que Benzema soit privé de son ballon d’or, voire de sa nationalité française. Et une eurodéputée LR a estimé qu’il se comportait en « Français de papier », reprenant là une expression inventée dans les années 1980 par le parti d’extrême droite FN, pour signaler que les citoyens français d’origine immigrée ne faisaient pas partie de la nation française.33 En novembre 2024, un grand nombre de députés a soutenu une proposition de loi pour créer un nouveau délit « réprimant le fait de provoquer à la destruction ou à la négation d’un État ou de faire publiquement l’apologie de sa destruction ou de sa négation. »34 Un autre projet de loi a été soumis au Sénat en octobre 2024, ayant pour objectif de pénaliser la contestation antisioniste de l’État d’Israël d’un an de prison et de 45 000 euros d’amende.35 Il est évident que ces projets de loi auraient sévèrement limité les libertés académiques et la liberté d’expression, eussent-ils été adoptés, puisqu’auraient été considérablement réduites les possibilités d’analyses critiques sur l’action d’Israël. Les médias ont largement reflété la position gouvernementale, comme en témoigne l’écrivain Jadd Hilal,36 ainsi que le nombre de commentateurs invités à s’exprimer sur la situation à Gaza, qui ont été « désinvités » à plusieurs reprises (interviews). Cette offensive contre les initiatives propalestiniennes a culminé par une proposition du ministre de l’Intérieur Retailleau de dissoudre l’association Urgence Palestine par un décret le 16 mai 2025, au moment où des organisations internationales, dont l’ONU, dénonçaient les crimes de guerre et la famine à Gaza.37 Le rapport spécial de l’ONU sur la promotion et la protection du droit à la liberté d’opinion et d’expression met en exergue les dérives qui traversent l’environnement français comme celui d’autres pays européens.

« Plusieurs gouvernements européens ont ainsi imposé des restrictions spécifiques, des interdictions générales ou préventives aux manifestations de soutien au peuple palestinien, justifiant leurs mesures par le ‘risque de trouble à l’ordre public et à la sécurité ‘, la lutte contre le ’soutien au terrorisme’ et la ’prévention de l’antisémitisme’. Ces réactions sont, d’une part, arbitraires, assimilant injustement la défense de la cause palestinienne à l’antisémitisme ou au soutien au terrorisme, d’autre part, discriminatoires dans la mesure où aucune manifestation de soutien à Israël ne semble avoir fait l’objet de restrictions particulières ».38

L’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (International Holocaust Remembrance Alliance, IHRA)

La définition de l’antisémitisme par l’IHRA, qui confond antisémitisme et antisionisme, présente un risque sérieux de violation de la liberté d’expression. La France a adopté la définition de l’IHRA de l’antisémitisme à l’Assemblée nationale (en 2019) et au Sénat (2021), soutenue par le président Macron. La Ligue des droits de l’homme (LDH) a alerté sur la « charge toxique » portée par cette définition, d’autant plus qu’il a été proposé d’en faire « un instrument

utile d’orientation en matière d’éducation et de formation et en soutien aux autorités répressives et judiciaires ».39 Cette définition a été largement contestée, dont une discussion ne trouve pas sa place dans ce texte. Nous nous contenterons donc de citer la Rapporteuse spéciale de l’ONU sur la promotion et la protection du droit à la liberté d’opinion et d’expression.

« La définition trop large et trop vague de l’antisémitisme que propose la ‘définition pratique ‘ est dangereuse parce qu’elle peut donner lieu à des accusations injustifiées et porter atteinte à la réputation d’autrui, fausser les statistiques sur les actes antisémites et détourner l’attention de la lutte contre les causes réelles de l’antisémitisme. […] La principale erreur conceptuelle dans la ‘définition pratique’ est la confusion inhérente qui y est faite entre le sionisme, idéologie politique, et l’antisémitisme. La conséquence pratique en est le rejet de toute critique légitime d’Israël, et non le renforcement de la protection des Juifs contre la haine raciale et religieuse et l’intolérance […] Le sionisme ne constitue pas un trait inhérent à un individu ou à un groupe ou autre, et il n’est donc pas juste d’assimiler antisionisme et antisémitisme. ‘40

Nous verrons que des accusations d’antisémitisme se sont appuyées sur cette définition, lestées de surcroit par le recours à la loi sur l’apologie du terrorisme.

L’apologie du terrorisme

Le gouvernement a aussitôt montré sa main sur le conflit israélo-palestinien par une circulaire sur l’apologie du terrorisme. Il convient de rappeler que la loi de 2014 renforçant les dispositions relatives à la lutte contre le terrorisme41 avait intégré au droit commun les dispositions de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse sanctionnant la « provocation directe d’actes de terrorisme »,42 et avait aussi inclus des mesures répressives hors de portée du contrôle judiciaire. En 2023, l’envergure de la loi de 2014 a été considérablement étendue par une Circulaire relative à la lutte contre les infractions susceptibles d’être commises en lien avec les attaques terroristes subies par Israël depuis le 7 octobre 2023. Elle stipule que sont constitutifs de l’apologie de terrorisme les « propos qui tendent à inciter autrui à porter un jugement favorable sur une infraction qualifiée de terroriste ou sur son auteur, même prononcés dans le cadre d’un débat d’intérêt général et se revendiquant comme participant d’un discours de nature politique ».43 En pratique, cette loi a été utilisée comme un outil de répression contre certains membres de la gauche politique, la société civile, des universitaires, et qui plus est, en violation des libertés académiques, dans le contexte du conflit israélo-palestinien.

De nombreux exemples peuvent témoigner de l’instrumentalisation et du dévoiement de cette loi. 44 Le secrétaire général d’un syndicat de la région Nord de la France a été condamné pour apologie du terrorisme et condamné à un an de prison avec sursis, suite à des propos tenus dans un tract de soutien à la Palestine (le 18 avril 2024).45 Plusieurs personnalités ont été poursuivies en justice, à savoir des journalistes, députés, dirigeants de partis politiques ainsi que bon nombre d’associations de la société civile.46 À titre d’exemple, Mathilde Panot, députée et présidente du groupe LFI à l’Assemblée nationale, a été convoquée au commissariat pour apologie du terrorisme. Bien que la cour ait ensuite rejeté cette accusation, l’intimidation

subsiste. Plusieurs organisations ont dénoncé les abus dans l’utilisation de la loi, ayant pour corollaire de réprimer le soutien à la Palestine. La Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) a rappelé la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) selon laquelle, mis à part l’éloge d’actes terroristes, la liberté d’expression vaut pour les idées qui « heurtent, choquent ou inquiètent l’État ou une fraction quelconque de la population » .47 Le LDH et un syndicat, avec 150 autres personnalités publiques, ont signé une tribune exprimant leur inquiétude face à la répression liée à la loi sur l’apologie du terrorisme.

« En son nom, des responsables syndicaux ont été inquiétés, poursuivis, condamnés à des peines allant jusqu’à l’emprisonnement. En son nom, une élue nationale, présidente de son groupe  parlementaire,  se  voit  convoquée  à  la  police  pour  être  entendue. En son nom on tente d’instrumentaliser la justice pour en faire le lieu de règlement de débats politiques. En son nom, on interdit des manifestations, on annule des conférences, on tente d’étouffer la liberté de parole de personnalités engagées dans la vie publique du pays, on vise à criminaliser les voix qui, semble-il, dérangent ; on instaure une véritable police de la pensée ».48

Laissons le dernier mot à la Rapporteuse spécial de l’ONU sur la promotion et la protection du droit à la liberté d’opinion et d’expression.

« Des cas de détention arbitraire et d’usage excessif de la force par les forces de police lors de manifestations propalestiniennes ont été signalés dans plusieurs pays, dont l’Allemagne, la Belgique, le Canada, la France, la Grèce, l’Italie et le Royaume des Pays-Bas ».49

Attaques contre les universitaires : antisémitisme et mouvement propalestinien

La pression sur les libertés académiques n’a de cesse depuis le 7 octobre 2023 et de nombreux universitaires ont souligné les obstacles entravant tout commentaire scientifique sur les événements au Moyen-Orient. La ministre de l’Enseignement supérieur a reconnu avoir été informée de l’annulation de plusieurs dizaines d’événements.50 À l’université de Nanterre, la mobilisation du personnel et des étudiants a conduit le conseil d’administration à voter une motion importante le 11 décembre 2023, qui résume les points de vue de nombreux universitaires. Le conseil, « tient à réaffirmer solennellement son attachement aux libertés académiques […] Certains domaines de recherche voient leur légitimité remise en cause par des polémiques politiques biaisées. Cela concerne en premier lieu des spécialistes du conflit israélo- palestinien qui tentent d’éclairer le débat public et qui se voient accusé.es d’antisémitisme ou d’apologie du terrorisme lorsque leurs contributions ne confortent pas le récit du gouvernement israélien. Notre établissement en particulier subit une intense campagne diffamatoire de la part de plusieurs médias qui dépeignent notre communauté comme un ‘foyer d’antisémitisme’. Ce climat délétère encourage la censure, l’autocensure et la prolifération d’amalgames contraires à l’esprit scientifique et démocratique ». (document interne).

La répression dont nous avons fait état ci-dessus en connexion avec le conflit au Moyen Orient et les voix propalestiniennes, a été reproduite dans le domaine de l’université et de la recherche. Un communiqué de l’Intersyndicale a pointé les pressions exercées par le pouvoir politique sur les universitaires, de la main des présidents de régions, députés, membres du gouvernement, y compris du président de la République.51 Sud-Education, dans un communiqué du 30 avril 2024, a protesté contre l’ingérence des préfets ou élus dans l’université et sonne une « alarme extrêmement sinistre » concernant les libertés académiques, mise en lumière par le nombre d’étudiants et enseignants convoqués par la police, les enquêtes internes et les mesures disciplinaires contre des collègues s’exprimant sur la Palestine, ainsi que l’annulation de séminaires.52 L’administration universitaire, de son propre chef ou sous la pression du pouvoir politique, a souvent failli à la responsabilité de défendre les libertés académiques au regard de la Palestine. De plus, la direction des universités a été inflexible sur la mobilisation étudiante, violemment réprimée. Le SNESUP-FSU de l’Enseignement supérieur a publié un communiqué à cet effet (le 9 avril 2024).

« Depuis ces derniers mois, les atteintes à la liberté d’expression, partie intégrante de la liberté académique, se multiplient dans les universités françaises. La plupart d’entre elles concernent les initiatives de solidarité avec la Palestine. Elles sont la conséquence d’une instrumentalisation politique qui vise à assimiler ces initiatives à de l’antisémitisme. Dans le prolongement des injonctions ministérielles, certaines présidences se placent dans un rôle de censeur, notamment lorsque les sujets évoqués touchent au conflit israélo-palestinien. Interdiction de réunions ou d’initiatives de débats y compris lorsqu’elles sont organisées par des organisations syndicales, refus de mettre au vote des motions dans les instances, censure des listes de diffusion syndicale, sont autant de dérives que le SNESUP-FSU dénonce avec force ».

Dans une tribune publiée dans Mediapart le 21 novembre 2025, les contraintes empêchant la diffusion des recherches sur la Palestine ont été dénoncées par 1 400 universitaires, qui s’alarment devant des « faits graves de répression et de censure », […] des intimidations, qui se manifestent par l’annulation d’événements scientifiques, ainsi que des entraves à l’expression d’une pensée académique libre ». Depuis le 7 octobre, l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) a été le théâtre d’un fossé croissant entre, d’une part, les administrateurs et directeurs de recherche, mettant en avant la « neutralité » de l’enseignement supérieur,53 et d’autre part, une bonne partie des étudiants et enseignants qui se mobilisaient en faveur de la Palestine.54 Un autre exemple révélateur est celui de l’université de Lille qui a annulé une conférence avec Jean-Luc Mélenchon (leader de LFI) et Rima Hassan, députée LFI, sous le poids de politiciens de droite, d’extrême droite et du parti gouvernemental. Même certains secteurs de la gauche politique ont critiqué cet événement.55 De nombreux autres incidents furent moins médiatisés, comme le séminaire de Pascal Boniface, qui a appris deux heures avant l’événement, que son exposé sur Israël-Palestine à l’Université de Paris Villetaneuse le 21 janvier 2025, avait été annulé par le président de l’université. La tendance générale visant à contrôler la voix des universitaires s’est doublée de cibles particulières ad hominem. Par exemple, une chercheuse du CNRS de l’EHESS a dû retirer sa demande d’intégration à un laboratoire de recherche. Une spécialiste de Shakespeare à l’Université d’Aix- Marseille, a perdu son poste de maitre de conférences, non confirmé à l’issue de son année de stagiaire.56 Les syndicats universitaires ont vu leur liste de diffusion bloquée et le contenu de leurs communications sanctionné par le président de l’université de Savoie-Montblanc ; ils ont déposé une plainte auprès du ministre des Universités, signalant une atteinte à la liberté syndicale (Mediapart 21 novembre 2023).

Les accusations d’antisémitisme et d’apologie du terrorisme, comme l’étaient celles d’islamo-gauchisme auparavant, sont devenues des instruments de choix pour réduire au silence les chercheurs travaillant sur le Moyen Orient, l’Islam et autres questions connexes. De même que dans la sphère politique et sociale, l’apologie du terrorisme a été invoquée pour inculper des universitaires en lien avec les événements au Moyen-Orient. Les recherches portant sur le Moyen Orient et le monde musulman sont minées et les chercheurs concernés ne jouissent plus de la pleine liberté de développer leurs savoirs critiques, au risque de se voir accusés d’apologie du terrorisme. Deux cas emblématiques attestent la mise en péril des libertés académiques et des savoirs critiques. Le vice-président de l’Université Lyon2, co-organisateur de séminaires sur le Moyen-Orient et membre de l’Union juive française pour la paix (UJFP), a dû démissionner sous le double feu, d’une part d’une campagne menaçante sur les réseaux sociaux l’accusant d’islamisme, et d’autre part d’un signalement d’apologie du terrorisme au procureur ordonné par Philippe Baptiste, ministre de l’Enseignement supérieur. La présidente de l’université Lyon2 a elle-même a reçu des menaces de mort et a été placée sous protection policière. La touche finale a été apportée par le président de la région, qui a suspendu des fonds régionaux destinés à la construction d’une nouvelle bibliothèque à l’université Lyon 2, d’une valeur de 19 millions d’euros pour protester, selon lui, contre l’islamo-gauchisme dans cette université suite à la perturbation du cours de Fabrice Balanche, par un groupe d’étudiants. François Burgat, éminent islamologue et politologue, spécialiste du Moyen-Orient, a fait l’objet d’un signalement au procureur par deux organisations juives. Le procureur a requis « une peine de huit mois de prison avec sursis contre le chercheur, une amende de 4 000 euros, une inéligibilité de deux ans et une interdiction d’accès aux médias sociaux de six mois ».57 Burgat eut-il été condamné, cela l’aurait également rendu susceptible de partager la responsabilité des actes terroristes passés et futurs. Le juge a tranché contre le procureur et l’inculpé a été complètement blanchi en mai 2025 après de longs mois d’attente.58 Nul besoin de démontrer que ces incidents mettent en cause les libertés académiques et la connaissance scientifique car l’intimidation exercée ne peut manquer d’induire l’autocensure des universitaires impliqués, mais aussi de tous les autres. Selon l’intersyndicale-Enseignement supérieur et recherche, les libertés universitaires sont mises en danger comme le confirment les « convocations d’étudiant·es par les services de lutte contre le terrorisme et les commissions d’enquêtes ou disciplinaires internes subies par des collègues universitaires ou chercheurs en raison de leurs prises de position ou expressions à propos de la situation à Gaza ».59 La campagne de haine sur les réseaux sociaux a parfois atteint un tel sommet que des chercheurs ont été menacés de mort et que certains ne se sentent plus en sécurité. Plusieurs universitaires français en ont été victimes, à l’égal de leur collègue étatsunien, Mark Bray, qui avait écrit un livre sur les mouvements anti-FA et s’est vu obligé de quitter son pays à la suite de menaces de mort prononcées sur les réseaux sociaux.60

Bien que bon nombre d’universitaires aient été la cible d’intimidations en rapport avec l’antisémitisme et la Palestine, ce sont les étudiants qui ont subi la répression la plus lourde. Le ministre des Universités, Hetzel, a fermement condamné les manifestations propalestiniennes.61

Nonobstant, les universités ont été le théâtre de multiples manifestations et occupations en protestation contre les bombardements israéliens à Gaza et en soutien aux Palestiniens, dont nous ne pourrons citer que quelques-unes. Dans la majorité des cas, le président de l’institution a invité la police à intervenir, notamment à la Sorbonne et à SciencesPo (Mediapart, 21 novembre 2023). La police n’a pas hésité à outrepasser ses prérogatives, par exemple en arrêtant 88 étudiants occupant la Sorbonne, sur l’inculpation d’ « intrusion », pour enfin reconnaitre que l’occupation ne constituait pas un délit et les libérer. A SciencesPo, des étudiants ont été temporairement interdits d’entrée dans leur établissement suite à des manifestations contre les partenariats de l’institution avec Israël (Mediapart, 19 décembre 2024). Quid du droit à l’éducation ?62 La LDH s’est associée aux syndicats universitaires pour dénoncer les interventions policières et la répression de la mobilisation pro-Gaza des étudiants.63 D’autres formes de suppression de la liberté d’expression ont été mises en œuvre. Par exemple, en réponse au communiqué publié par le syndicat étudiant Solidaire se prononçant pour un « soutien indéfectible à la lutte du peuple palestinien dans toutes ses modalités et formes de lutte, y compris la lutte armée », l’EHESS l’a rapporté à la plateforme PHAROS chargée de surveiller les contenus illicites sur internet, ce qui implique un signalement au procureur (Mediapart 21 novembre 2023).

Ingérence gouvernementale et Palestine

Durant les années 2020-2023, les interventions du gouvernement et des politiques avaient ciblé les sciences sociales, et en particulier les chercheurs étudiant l’Islam, l’immigration, le racisme, le genre et autres thèmes associés. A partir du 7 octobre 2023, l’ingérence des politiques s’est concentrée sur l’antisémitisme et le thème de la Palestine.

Avant d’aborder la scène française, je propose de faire un détour outre-manche où l’instrumentalisation de l’antisémitisme a été exercée bien avant le 7 octobre 2023 (Joly 2022). En Grande-Bretagne, l’accusation d’antisémitisme a été mise à profit pour discréditer à la fois les politiciens et les universitaires, après l’adoption par le gouvernement britannique de la définition de l’IHRA (en 2016). L’efficacité de la manœuvre a tout d’abord été démontrée dans l’arène politique. Le programme anti-austérité de Jeremy Corbyn, nouveau leader du Parti travailliste (PT), avait soulevé une vague de soutien inattendu, ainsi que des résultats électoraux bien meilleurs que prévu en 2017. Une offensive à grande échelle a été lancée pour briser la popularité de Corbyn, au travers d’une campagne nourrie d’allégations d’antisémitisme, dans laquelle se sont conjugués des conflits internes au PT et la compétition partisane entre travaillistes et conservateurs (Shaw 2021). Une martingale avait été identifiée pour discréditer toute voix s’élevant contre l’ordre établi. Dans le milieu universitaire, le gouvernement a fait pression sur les établissements de l’enseignement supérieur pour que soit intégrée à leur règlement la définition de l’IHRA ; environ 120 d’entre eux l’ont fait. Dans la foulée, des Unions of Jewish Students (associations d’étudiants juifs) ont lancé des accusations d’antisémitisme contre des universitaires dans plusieurs institutions. Nous citerons deux épisodes démontrant des atteintes avérées à l’encontre de universitaires et des libertés académiques. Un maître de conférences de l’université de Bristol, accusé d’antisémitisme par la Union of Jewish Students, perdit son emploi et ne fut pas réintégré dans son poste, bien qu’il fût innocenté de toute trace d’antisémitisme en cour de justice.64 A l’université de Warwick, plusieurs universitaires ont été soumis à une enquête et menacés de sanctions disciplinaires, suite à des accusations d’antisémitisme émises par la Union of Jewish Students. Plus grave encore, ils furent exposés à l’ire politique lorsqu’un député, avec le soutien du ministre des Universités et du président du Comité de l’éducation, a demandé leur licenciement en sus de celui du président de l’université.65 Quoique l’enquête universitaire, longue de plusieurs mois, ait abouti à un rejet de l’affaire, elle a constitué un dispositif d’intimidation inquiétant pour ces universitaires et leurs collègues dans le pays. Il est manifeste que ce type de stratégie met en péril les libertés académiques.

En France, une offensive concertée a été orchestrée contre les universitaires et leurs recherches. L’intervention politique a été lancée par la ministre des Universités de l’époque, Sylvie Retailleau, qui dès octobre 2023, s’est adressée aux présidents d’université et aux directeurs de recherche, déclarant qu’au vu de la « très ferme condamnation [de la France] ainsi que sa pleine solidarité envers Israël et les Israéliens », elle leur demandait de « prendre toutes les mesures nécessaires afin de veiller au respect de la loi et des principes républicains », et appelait également à signaler aux procureurs « l’apologie du terrorisme, l’incitation à la haine, à la violence et à la discrimination ». En parallèle, par un courrier de la Ministre du 12 octobre, tous les niveaux hiérarchiques du CNRS ont été enjoints de s’assurer que l’« expression politique, la proclamation d’opinion » ne perturberaient pas « les conditions normales de travail au sein d’un laboratoire ». La ministre a prescrit le signalement de tout incident en précisant que des « mesures disciplinaires » étaient envisagées. Des universitaires y ont décelé un appel à la dénonciation, susceptible de conduire à la censure et l’autocensure (Mediapart, 21 novembre 2023). Le gouvernement a fait preuve d’ingérence directe lors de l’intrusion du Premier ministre Atal dans le conseil administratif de SciencesPo, pour y dénoncer les « excès liés à une minorité active et dangereuse » et promettre de sévères sanctions.66 La riposte énergique des directeurs et administrateurs de recherche ne se fit pas attendre.

« Nous, directrices et directeurs des Écoles, des centres de recherche, des départements de Sciences Po ainsi que les membres élus de la faculté permanente du conseil d’administration (CA) de la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP), exprimons de manière unie et solidaire notre profonde émotion à la suite de la visite inopinée du Premier ministre lors de la séance du CA du 13 mars 2024. À la lumière de cet événement, nous tenons à exprimer les éléments suivants :1- Aucun responsable politique ne saurait s’arroger le droit de dévaloriser les principes fondamentaux d’indépendance et de liberté académiques, tels qu’ils sont consacrés par les lois de la République. Rappelons que la liberté académique garantit le droit d’enseigner et de mener des recherches en toute indépendance, sous le contrôle et la supervision des pairs mais sans ingérence de quelque autorité extérieure que ce soit, y compris l’État ».67

Le ministre de l’Enseignement supérieur suivant, Patrick Hetzel, ajouta sa pierre à l’édifice. Dans un communiqué daté du 4 octobre 2024, il a fermement condamné les manifestations et expressions d’opinions en lien avec le conflit au Proche-Orient « qui vont à l’encontre des principes de neutralité et de laïcité du service public de l’enseignement supérieur », et il a sommé les présidents d’université de veiller au maintien de l’ordre public et de garantir le principe de laïcité et d’indépendance face à « toute emprise politique, économique, religieuse ou idéologique » du service public de l’enseignement ; toute infraction devant être signalée au procureur de la République.68 Hetzel est même allé jusqu’à intimider les conseils administratifs universitaires qui voteraient la fin des partenariats avec des universités et entreprises en Israël .69 Il fondait sa position sur un prétendu principe de neutralité et de laïcité du service public dans l’enseignement supérieur et le devoir de réserve auquel tous les fonctionnaires seraient tenus dans le cadre de leur statut. Il est un fait que les enseignants- chercheurs et tout le personnel titulaire d’un contrat dans l’enseignement supérieur sont des fonctionnaires ou des agents de la fonction publique. Néanmoins, il semble que le Ministre ait déformé ou dévoyé ce principe de neutralité en l’appliquant à l’Enseignement Supérieur, qui en est exempté au nom de la liberté académique, garantie par plusieurs textes juridiques : la loi de 1984 sur l’Enseignement supérieur (loi numéro 84-52 art. 57) et une décision du Conseil constitutionnel (numéro 83-165 DC, 20 janvier 1984) assuraient que « les enseignants- chercheurs, les enseignants et les chercheurs jouissent d’une pleine indépendance et d’une entière liberté d’expression dans l’exercice de leurs fonctions d’enseignement et dans leurs activités de recherche, sous les réserves que leur imposent, conformément aux traditions universitaires et aux dispositions de la présente loi, les principes de tolérance et d’objectivité

».70 La Loi de programmation de la recherche (LPR, article 15 L. n° 2020-1674 du 24 décembre 2020) affirmait sans équivoque : « Les libertés académiques sont le gage de l’excellence de l’enseignement supérieur et de la recherche français. Elles s’exercent conformément au principe à caractère constitutionnel d’indépendance des enseignants-chercheurs ».71 Cette notion particulière de « neutralité » des universitaires, parfois invoquée par le pouvoir politique pour les contrôler, a été contestée au plus haut niveau administratif par le Conseil d’État. Un enseignant ayant été sanctionné par le président de son université pour ne pas avoir « apaisé » des tensions lors d’une manifestation étudiante, le Conseil d’Etat renversa la décision de l’université le 15 novembre 2022, en rappelant que « la liberté d’expression académique (telle que protégée par l’article L.952-2 du Code de l’éducation) prime sur le devoir de neutralité, dans la mesure où les propos ou attitudes concernés s’inscrivent dans l’exercice professionnel » (Balme 2025). Par ailleurs, un communiqué du Conseil universitaire de Nanterre daté du 18 novembre 2024 s’est prévalu de l’ordonnance du tribunal administratif de Paris (du 15 octobre 2024) selon laquelle « tout établissement d’enseignement supérieur doit veiller […] à l’exercice des libertés d’expression et de réunion des usagers du service public de l’enseignement supérieur […] comme à l’indépendance intellectuelle et scientifique de l’établissement ». Le Conseil de Nanterre s’est également opposé à la Charte républicaine imposée par le Conseil régional de l’Île-de-France votée le 15 novembre 2024 en commission permanente, dont « l’objet contredit l’esprit même des libertés académiques et des libertés d’expression que l’Université entend continuer de défendre » (document interne).

Une nouvelle loi sur l’antisémitisme à l’université

L’action gouvernementale déboucha sur une importante loi sur l’antisémitisme à l’université.72 Le Sénat avait organisé une commission d’enquête qui auditionna, entre autres, les présidents d’université, en alléguant leur manque d’attention à l’antisémitisme. Le contenu des débats au Sénat en dit long sur l’orientation de la loi en gestation. Le Sénat a requis une

réponse ferme, accompagnée de sanctions dans le cadre d’un « cadre disciplinaire et judiciaire renforcé ». Il a identifié ouvertement la mobilisation propalestinienne comme concomitante à des actes présumés d’antisémitisme, impliquant ainsi une relation de causalité entre les deux. Enfin, il a repris à son compte l’accent mis par La Fondation du Camp des Milles sur la

« tradition de plus grande idéologisation et de mobilisation de minorités activistes » dans les départements de sciences humaines et sociales, notamment dans les cursus de sciences politiques, rejoignant ainsi le discours de la ministre des universités, Vidal, qui avait chargé le CNRS d’une enquête sur l’islamo-islamo-gauchisme et l’activisme à l’université : donc dans les deux cas, une disqualification de l’intégrité scientifique de ces chercheurs. Une fois de plus, les disciplines ciblées par l’État impliquent la pensée critique.73 Les présidents d’université ont réagi en publiant une tribune dans Le Monde (le 25 avril 2025), où ils exprimaient leur profonde inquiétude concernant « l’instrumentalisation politique » des universités.74 Dans le cadre de ces auditions, un sénateur n’a pas hésité à proposer que les présidents d’université soient nommés par le ministre des Universités, renversant ainsi le paradigme de longue date selon lequel ces derniers sont élus par des représentants du personnel et des étudiants .75 L’université en aurait perdu son autonomie du pouvoir politique. Bien que cette proposition n’ait pas été retenue dans la loi, elle est un marqueur des tendances autoritaires visant les universités.76

S’ensuivit La Loi n° 2025-732 du 31 juillet 2025 relative à la lutte contre l’antisémitisme dans l’enseignement supérieur dont voici quelques composantes significatives.77

  • Formation. Les établissements d’enseignement supérieur assurent une « formation à la lutte contre l’antisémitisme et le racisme » pour tout le personnel universitaire et les étudiants (chapitre 1).
  • Mission. Chaque institution d’enseignement supérieur mettra en place une « mission ‘égalité et diversité ‘, qui rend notamment compte des actions menées par l’université en matière de lutte contre l’antisémitisme et le racisme ainsi que des signalements recueillis » (chapitre 2).
  • Référent. « Au sein de la mission, un référent qualifié est exclusivement chargé de la prévention, de la détection et du traitement des faits d’antisémitisme et de racisme » (chapitre 2).
  • Signalement. « Tout membre du personnel ayant connaissance d’un fait d’antisémitisme, de racisme, de discrimination, de violence ou de haine le signale sans délai auprès du dispositif » (chapitre 2). Les opposants à la loi ont réprouvé le climat de dénonciation ainsi engendré.
  • Section disciplinaire. « Dans chaque région académique, une section disciplinaire commune aux établissements publics à caractère scientifique, culturel et professionnel est créée par le recteur.

Elle est présidée par un membre de la juridiction administrative. Elle comprend des représentants de l’administration des établissements, des représentants du personnel enseignant et des représentants des usagers ».

  • Hors l’établissement. « Les faits commis en dehors de l’établissement sont passibles d’une sanction disciplinaire lorsqu’ils présentent un lien suffisant avec l’établissement ou les activités qu’il organise » (chapitre 3).
  • Trouble à l’ordre public. « Si les faits reprochés à l’usager sont constitutifs d’un trouble à l’ordre public au sein de l’établissement, le président ou le directeur de l’établissement peut décider d’interdire l’accès de l’usager à tout ou partie de l’enceinte et des locaux de l’établissement dont il a la charge, aux horaires qu’il détermine, jusqu’à l’issue de la procédure disciplinaire » (chapitre 3).

Le programme de formation que la loi impose à tout membre de l’université, incluant personnel et étudiants, risque d’avoir une incidence significative sur les savoirs critiques et les libertés académiques. En effet, bien que la définition controversée de l’antisémitisme par l’IHRA n’ait pas été explicitement conservée dans la loi, une question épineuse demeure quant à la définition qui inspirera cette formation. Il est plausible que la DILCRAH sera partie prenante, dont la définition de l’antisémitisme est celle de l ‘IHRA, les instances parlementaires françaises l’ayant adoptée. La formation à l’antisémitisme a donc de fortes chances de s’inspirer de cette définition, d’autant plus que l’Assemblée avait proposé d’en faire « un instrument d’orientation utile en matière d’éducation et de formation et afin de soutenir les autorités judiciaires et répressives ».78 Par ailleurs, une qualification universitaire sera offerte à l’université Paris 8, un Diplôme universitaire de lutte contre le racisme et l’antisémitisme, en collaboration avec la DILCRAH, dont on peut déduire que la définition de l’antisémitisme de l’IHRA servira de référence.79 De plus, un biais flagrant colore la mission de la DILCRAH. L’antisémitisme est bien inclus dans plusieurs parties de son programme : dans l’axe 1, comme l’un des outils stratégiques et opérationnels liés à l’affirmation du modèle républicain et à la promotion du récit historique ; dans l’axe 2, dans la rubrique sur les phénomènes de haine et de discrimination ; dans l’axe 3, dans les objectifs de formation ; dans l’axe 4, qui traite des sanctions et dans l’axe 5 sur les actions d’accompagnement des victimes. En revanche, le document de la DILCRAH ne fait aucune référence à la lutte contre l’islamophobie et la discrimination anti-musulmane. Le terme musulman n’apparaît même pas dans le texte.80 Les syndicats de l’Enseignement Supérieur s’opposèrent à l’unanimité à cette loi en raison de la formation obligatoire qu’ils dénoncèrent comme une atteinte à la liberté pédagogique sur le contenu des diplômes. Il est prévisible que les savoirs critiques auront à pâtir de cette formation. En particulier, la définition de l’antisémitisme de l’IHRA permettra-t-elle de développer une analyse scientifique sur le Moyen Orient, Israël et la Palestine ?

D’autres volets de cette loi ont soulevé de fortes objections de la part des syndicats et des chercheurs qui y ont perçu la mise en cause de la liberté d’expression et de manifestation (garanties par la constitution). Les sections disciplinaires établies par la loi, organes entièrement nouveaux, introduisent des modifications cardinales dans la compétence universitaire, qui peuvent être qualifiés de changement de paradigme. Ex ante, chaque université gérait sa propre procédure disciplinaire, protégée de toute ingérence extérieure. L’université perd donc doublement ses prérogatives exclusives étant donné que, d’une part plusieurs universités sont regroupées dans une section disciplinaire commune, et d’autre part cette dernière n’est plus présidée par un membre de l’université mais par un magistrat, privant l’université du contrôle de la discipline et sapant son autonomie. De plus, la loi ne précise pas la composition exacte de ces nouvelles sections disciplinaires qui sera déterminée par décret, avec le risque d’outrepasser davantage la représentation universitaire.81 Les syndicats universitaires se sont catégoriquement opposés aux sanctions prévues dans le cas de faits commis en dehors de l’établissement supposément en lien avec ce dernier ou les activités qu’il organise, des faits dont ils estiment qu’ils pourraient être interprétés pour inclure tout ce que le pouvoir politique désapprouverait, notamment des manifestations propalestiniennes organisées hors l’université. Un autre grief concerne le « trouble à l’ordre public » que la hiérarchie peut invoquer pour d’interdire l’accès à l’établissement et qui reste dépourvu de critères définis. Il est donc extensible à souhait, permettant éventuellement de réprimer toute expression de dissidence parmi les étudiants et le personnel. Des députés ont mis en garde contre le manque de précision dans l’énonciation de ces obligations, dans lesquelles ils détectaient l’instauration d’une approche répressive à l’égard des manifestations et actes politiques dans l’enseignement supérieur, faisant partie intégrante de la vie universitaire, des mesures qui pourrait conduire à s’en prendre « aux affichages, aux pétitions, aux sit-in, bref à toutes les formes traditionnelles de mobilisation syndicale et étudiante ? ».82 Les cas d’intervention gouvernementale mentionnés ci-dessus ont mis au jour une intention flagrante d’intensifier les procédures répressives. Les termes de cette loi sur l’ordre et le bon fonctionnement de l’université peuvent également fournir une justification aux présidents qui auraient des velléités d’autoritarisme. L’université de Nantes en a fourni des indices probants, dont la président a intégré un verrouillage sévère au règlement de l’université.83 A l’inverse de certaines hiérarchies universitaire, le comité d’éthique du CNRS a déclaré catégoriquement : « au cas où un chercheur mènerait des actions de désobéissance civile, le CNRS ne devrait pas se substituer aux institutions de police et de justice. Il ne devrait pas condamner ex ante ce mode d’engagement, ni le sanctionner en lieu et place de l’institution judiciaire » (COMETS 2023).

Le gouvernement a poursuivi l’intensification de son offensive contre le monde académique. Lors de la programmation d’une conférence sur la Palestine au Collège de France, le ministre des Universités, Philippe Baptiste, intervint par écrit auprès de son administrateur pour exprimer son désaccord sur l’orientation de l’événement et provoqua l’annulation de la conférence au Collège quelques jours avant la date prévue.84 Bien que de nombreux séminaires et conférences sur la Palestine aient été annulés dans diverses universités depuis le 7 octobre 2023, sans aucun doute en raison de pressions politiques, une intervention des sphères gouvernementales n’avait pas encore été rendue publique. Cette ingérence directe et publique du gouvernement dans les institutions de l’enseignement supérieur déclencha l’indignation du milieu universitaire, à grand renfort de pétitions, manifestations et tribunes dans les médias, aux côtés de celles de la LDH, de l’Institut de Recherches et d’Études de la Libre Pensée et des syndicats. La démission du ministre a été demandée au motif qu’il avait enfreint plusieurs lois : le Code de l’éducation de 1984, la LPR de 2020 et une décision du Conseil constitutionnel garantissant l’indépendance des universitaires et des universités face aux ingérences politiques.85 It never rains but it pours. L’université a été exposée à une agression supplémentaire lorsque le ministre des Universités a annoncé, le 18 novembre 2025, qu’un « sondage » allait être lancé sur l’antisémitisme dans l’enseignement supérieur, couvrant tout le personnel enseignant et administratif ainsi que les étudiants. Le cadre et le contenu de l’enquête ont engendré une forte inquiétude dans le milieu académique, car elle comprenait des questions sur les opinions politiques du personnel et des étudiants, procédure non-autorisée par la loi d’autant plus qu’elle n’en garantissait pas l’anonymat. Des associations et syndicats universitaires, et la LDH ont proféré de virulentes protestations.86 France universités, organisation des présidents d’université, a déclaré qu’elle refuserait de diffuser le questionnaire. En outre, l’enquête a été taxée d’instrumentalisation politique par ses opposants, arguant que la formulation et la séquence des questions introduisaient un biais.87 L’enquête a été totalement discréditée tant par sa méthodologie que par son contenu et l’affaire a été portée devant le Conseil d’État par la LDH, plusieurs syndicats et 6 universitaires. Finalement, devant la levée de boucliers, l’enquête a été clôturée le 28 novembre 2025 sans explication.88

Défier le contrôle de l’État

Le conflit israélo-palestinien a engendré des tensions dans les interactions entre l’État et le monde académique, qui s’est mobilisé pour défendre les libertés académiques et la liberté d’expression. Universitaires et étudiants ont également avancé des revendications se rapportant au conflit Israélo-palestinien. L’intergroupe syndical de l’Enseignement supérieur a publié un communiqué à cet effet (le 30 avril 2024).

« Face aux partisans de la censure, nos organisations syndicales demandent le respect des franchises universitaires et de la liberté académique, le respect de l’indépendance des universitaires et des chercheurs, le rétablissement des libertés d’opinion ou d’expression dans les établissements d’enseignement supérieur et de recherche comme partout ailleurs, l’arrêt de toutes les poursuites envers des étudiant·es ou des personnels ayant usé de ces droits dont certains sont séculaires et dont tous sont irréfragables ».89

Les universitaires ont déployé maints efforts pour organiser des débats et des séminaires sur la Palestine, faisant face à la probabilité récurrente de les voir annulés par leurs autorités ; des tribunes furent publiées, des livres et articles rédigés sur le conflit et la situation en Palestine. À l’université de Nanterre, sous l’impulsion du personnel et des étudiants, deux motions ont été approuvées par le conseil d’administration le 18 novembre 2024, réaffirmant le devoir « de soutenir les initiatives visant à organiser débats et événements scientifiques permettant d’éclairer la situation en Palestine, passée et présente, – de nous associer aux expressions pacifiques de solidarité avec la Palestine et le Liban sur les campus en France et à l’étranger, – de soutenir les initiatives de coopération et solidarité avec les universités et la société civile palestiniennes, – d’exiger la libération de tous les otages, – d’exiger un cessez-le-feu permanent, – de dénoncer les actes de génocide du gouvernement israélien à l’encontre des Palestiniens et Palestiniennes de Gaza, ainsi que sa politique d’apartheid imposée aux Palestiniens et Palestiniennes sur son territoire national et dans les territoires occupés, – de soutenir toutes les personnes, où qu’elles soient, qui œuvrent, parfois au péril de leur vie, pour une paix juste et durable en Israël, en Palestine et au Liban » (document interne). Le 7 août 2025, des universitaires ont lancé un appel aux autorités françaises pour que soit relancé le programme PAUSE, alors suspendu, qui permettait d’accueillir étudiants, enseignants et artistes gazaouis. Dans plusieurs établissements, ils ont demandé à leurs institutions des déclarations officielles appelant à un cessez-le-feu à Gaza, comme à l’INALCO, l’École normale supérieure (ENS, Lyon), l’Institut d’études politiques de Strasbourg, dans les universités de Bourgogne, Lille, Lyon2, Paris1-Panthéon-Sorbonne, Paris-Nanterre, Paul Valery-Montpellier, ainsi que de la part de l’Association française de sociologie et plusieurs laboratoires de recherche. Les partenariats avec des universités ou des entreprises israéliennes ont agité le monde universitaire et bon nombre de motions ont réclamé la fin de cette collaboration avec Israël (Mediapart, 19 décembre 2024), ainsi que l’interruption formelle des livraisons d’armes à l’Etat hébreu. A l’université de Toulon, le SNESup-FSU a convoqué une manifestation sous la bannière « Stop arming Israel ! End all complicity », en appui à toutes les initiatives prises dans le sens du boycott, contre la fabrication et la livraison d’armes et le soutien logistique et économique du gouvernement français à Israël.90 L’université de Montpellier a organisé une conférence intitulée « Collaboration avec une université israélienne, une question éthique. Liberté académique et responsabilité des scientifiques en temps de génocide », le 25 juin 2025. Les contrats entre les bibliothèques françaises et le fournisseur israélien Ex Libris ont fait l’objet d’une pétition nationale s’y opposant.91 Le 1er décembre 2025, des organisations de défense des droits, syndicats universitaires et professeurs d’université ont lancé des recours préalables contre huit universités françaises et deux ministères, Enseignement supérieur et Recherche et le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, les tenant pour « comptables quant à leurs obligations en matière de prévention, de non-reconnaissance et d’abstention de soutien aux crimes de génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre et à l’occupation illégale des Territoires Palestiniens Occupés, au regard de leurs relations avec les institutions académiques israéliennes […] Les universités françaises sont tenues de mettre fin à toute coopération susceptible de contribuer directement ou indirectement à des crimes de guerre, crimes contre l’humanité, crime de génocide, à l’occupation illégale des territoires ».92

Les étudiants furent à l’avant-garde de la mobilisation.93 Le comité Palestine de SciencesPo a dénoncé l’occupation sioniste, la politique génocidaire de l’État d’Israël et, plus significativement, « la complicité de l’institution dans ces crimes ».94 A EHESS, ils ont exigé de « l’école une déclaration ferme et claire pour un cessez-le-feu permanent et immédiat, conforme au droit international, et contre l’apartheid et la colonisation ». […] Ces revendications sont fondées sur des textes signés par la France ! [Les dirigeants de l’école] doivent revenir sur leur position et soutenir les élèves qu’ils ont livrés aux enquêteurs du système judiciaire » (ma traduction de l’article anglais).95 A SciencesPo, Strasbourg et dans plusieurs universités, une occupation étudiante demandé la fin des partenariats avec Israël. Les contestataires de la politique gouvernementale favorable à Israël se sont armés des condamnations émises par la communauté internationale contre Israël pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide.96

Toutefois, le monde universitaire a été le théâtre d’nimitiés parmi les enseignants sur la ligne de partage pour ou contre la politique israélienne. Certains universitaires tels que Véronique Bontemps et Willy Beauvallet, ont été en butte à des attaques publiques particulièrement agressives de la part de Florence Bergeau-Blackler. Beauvallet a porté plainte

pour diffamation et harcèlement en ligne pour contrer des accusations « d’entrisme », « d’islamisme » et même de « soutien au terrorisme », viralement relayées par les réseaux d’extrême-droite, la droite locale et le Printemps républicain.97

Neutralité axiologique

Dans une tentative de contrer et invalider les revendications adressées aux autorités universitaires et politiques, quelques universitaires ont incriminé leurs collègues pour « activisme » en lieu de recherche – sur le modèle de la ministre des Universités Vidal et son annonce d’une enquête sur « l’islamo-gauchisme ». Les premiers ont qualifié d’impératif de recherche la « neutralité axiologique », censée traduire l’adjectif utilisé par Max Weber « wertfrei ». Cette phraséologie 98 a également été soutenue par des partis d’extrême droite qui ont rallié la mêlée (Peker 2024). Nous ne nous étendrons pas sur ce débat. Il suffira de prendre note que cette prétendue neutralité a été largement battue en brèche par les recherches (Gautier et Zancarini-Fournel 2022, Peker 2024, Fassin et Ibos 2025). Face à la position de neutralité axiologique qui fermait la porte à de nouvelles approches, un nombre croissant d’universitaires a prôné des recherches « situées » ou « contextualisées ». Dans cette perspective, les chercheurs développent l’auto-réflexivité et clarifient leur propre position par rapport à leur objet ; ils prennent également en compte le contexte dans lequel l’objet de la recherche a été engagé, notions amplement développées dans les travaux de Fassin et Ibos (2025). Le Comité éthique du CNRS a confirmé cette position : « il n’y a pas d’incompatibilité de principe entre, d’un côté, l’engagement public du chercheur et, de l’autre, les normes attribuées ou effectivement applicables à l’activité de recherche. […] Toute science est une entreprise humaine, inscrite dans un contexte social et, ce faisant, nourrie de valeurs. L’enjeu premier n’est donc pas d’attendre du chercheur qu’il en soit dépourvu mais qu’il les explicite et qu’il respecte les exigences d’intégrité et de rigueur qui doivent caractériser la démarche scientifique. […] En réalité, la science ne peut se détacher complètement de toute valeur, et l’engagement public est parfaitement compatible avec les obligations juridiques et déontologiques qui s’imposent aux chercheurs (COMETS 2023).

Il a été argumenté que les positions épistémologiques conservatrices contribuaient objectivement au renforcement du pouvoir politique et conduisaient à des formes d’oppression contre les minorités, liées à l’injustice des témoignages et l’inégalité herméneutique (Dufour 2023). L’objectivité supposée des programmes antérieurs masqueraient donc des schémas enracinés de discrimination (Scott 2019), contrecarrés par des thèmes émergents tels que le féminisme intersectionnel, l’antiracisme décolonial et l’écologie, expression de l’évolution de la réalité sociale (Saverot, La Croix).99 De nombreux chercheurs ont noté que de nouveaux concepts, y compris celui du « genre », représentaient des avancées méthodologiques et épistémologiques permettant la découverte de relations de domination (Gautier et Zancarini- Fournel 2022 : 195, Fassin et Ibos 2025). Des chercheurs étasuniens ont insisté sur la nécessité d’élaborer de nouvelles formes de production des connaissances pour prendre en compte la présence et/ou l’augmentation de groupes autrefois exclus à l’université, tels que les femmes, les personnes racialisées, les homosexuels et les Afro-Américains (Scott 2019).

Responsabilité sociale et engagement politique

Les universitaires ont mis en avant leurs responsabilités sociales au regard des objectifs de l’UNESCO de promouvoir le progrès (Fernandes 2023). Nous avons vu qu’un axe important des revendications universitaires portaient sur les liens de leur institution avec Israël. Qu’il s’agisse d’appeler à un cessez le feu à Gaza ou de rompre les contrats avec Israël, ils se sont adossés aux textes de la communauté internationale. Notamment, un avis consultatif de la Cour internationale de Justice (CIJ).

« Tous les États doivent coopérer avec les Nations Unies pour mettre en œuvre les modalités nécessaires afin d’assurer la fin de la présence illégale d’Israël dans les territoires palestiniens occupés et la pleine réalisation du droit du peuple palestinien à l’autodétermination. Tous les États [sont] obligés de ne pas reconnaître comme légale la situation résultant de la présence illégale d’Israël dans le Territoire palestinien occupé […] de ne pas apporter d’aide ou d’assistance pour maintenir la situation créée par la présence illégale d’Israël dans le Territoire palestinien occupé ».100

De plus, l’ordonnance du 28 mars 2024 : 192 – Application de la Convention sur la Prévention et la Punition du Crime de Génocide dans la Bande de Gaza (Afrique du Sud c. Israël) affirmait :

« Toutes les parties à la convention pour la prévention et la répression du crime de génocide doivent, sans délai, prendre toutes les mesures nécessaires pour se conformer à l’ensemble  des  obligations  qui  leur  incombent  au  regard  de  cet  instrument. Toutes les parties à la convention pour la prévention et la répression du crime de génocide doivent, sans délai, s’abstenir d’entreprendre toute action, notamment toute action armée ou toute activité visant à soutenir une telle action, qui porterait atteinte au droit des Palestiniens de Gaza d’être protégés contre les actes de génocide et les actes prohibés connexes ».101

Selon universitaires et étudiants, la responsabilité des États au regard du droit international s’étend à tous les organes de l’État français, de sorte que le rôle social et le statut des universitaires les engageraient à s’assurer que leurs activités n’eussent pas une incidence négative sur les droits de l’homme ; et en particulier, qu’ils ne contribueraient pas, même indirectement, aux violations du droit international perpétrées par Israël à Gaza et en Cisjordanie. Une tribune d’Academia en a conclu que les universités se devaient de protéger la liberté d’expression de leur personnel et de leurs étudiants, ainsi que leur droit de participer aux actions militantes.102 L’engagement politique des universitaires a fait l’objet de vives débats (Fassin et Ibos 2025), au point que le CNRS a produit un texte normatif pour faire connaitre sa position officielle. La présidente de son Comité d’éthique, Christine Noiville, a revendiqué le droit et la liberté des universitaires à l’engagement politique, explicités dans un document de son Comité d’éthique.103 Certains chercheurs, au nom de leur responsabilité envers la société font valoir un devoir de parti pris dans le choix de leur objet et épistémologie (Minko Mi-Bie

2023). En France, plusieurs collectifs de chercheurs ont affirmé sans ambiguïté la responsabilité sociale du monde académique.

« L’autonomie du champ scientifique constitue en effet la condition d’une élaboration libre de savoirs susceptibles – par leur scientificité et leur pluralité – de nourrir le débat public et de contribuer à l’émancipation de chacun·e et de tou·tes et au progrès de nos sociétés. Des chercheuses et chercheurs en sciences sociales nourrissent notamment ces débats par des enquêtes et transmettent par leurs enseignements des constats de domination et de discrimination sur la base du genre, de la classe ou de la race ».104

Un laboratoire de recherche a soutenu que les universitaires avaient une responsabilité sociale dans la transmission de leur savoir en tant que bien public (en février 2021) et s’est réclamé du « rôle politique de la science de participer à l’avènement d’un monde plus lucide et plus juste », en suggérant que les agissements politiques hostiles à cette approche mettaient en péril le « projet émancipateur des sciences sociales ».105

Conclusion

En 2020, le gouvernement, assisté de ses alliés dans le milieu universitaire, a lancé une offensive contre des prétendus « islamo-gauchistes » et « woke », les chercheurs incriminés étant présentés comme des ennemis internes et/ou des militants politiques. La valeur scientifique de leurs travaux s’en trouvait alors disqualifiée irrémédiablement. La dénomination d’ « ennemis de l’intérieur » a été également attribuée à certains secteurs de la gauche politique ainsi qu’aux populations musulmanes et à ceux qui les défendaient ; autrement dit aux voix qui ne s’alignaient pas sur la politique gouvernementale. Ce processus s’est amplifié dans le contexte du conflit Israélo-palestinien. Les libertés académiques et les universitaires visés sont tombés sous le coup d’attaques plus corsetées au nom de la lutte contre l’antisémitisme et l’apologie du terrorisme. Le gouvernement n’a pas hésité à s’affranchir des lois protégeant libertés académiques pour faire preuve d’ingérence dans l’université. Maints événements universitaires se rapportant au conflit israélo-palestinien tels que des séminaires, conférences, etc. ont été annulés et des chercheurs sanctionnés, dont certains furent poursuivit en justice pour apologie du terrorisme. Néanmoins, la répression la plus dure s’est abattue sur les étudiants. Le fil conducteur fondé sur la poursuite des « ennemis de l’intérieur » et « activistes » universitaires a ainsi persisté sous une nouvelle forme. Des attaques concomitantes ont ciblé la gauche politique, des associations et des syndicats, comme lors de l’épisode visant les islamo- gauchistes. Pour mieux verrouiller le contrôle des chercheurs et étudiants, une loi conséquente a été promulguée sur l’antisémitisme à l’université, dont le mécanisme répressif a été assorti de lourdes sanctions et d’une nouvelle juridiction en rupture avec les traditions universitaires de longue date. Les universitaires, se sont mobilisés de diverses façons contre ces offensives. En a émergé un large débat sur la responsabilité sociale des chercheurs qui ont développé des arguments probants en faveur de leur engagement politique.

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2 Nous utilisons indifféremment les termes « universitaires » et « chercheurs »

3 Rome_Ministerial_Communique.pdf consulté 28 novembre 2025

4 La loi de 1905 concernant la séparation de l’Église et de l’État a établi un mode d’organisation de la société française communément appelé « laïcité ». Il n’existe aucun terme anglais capable de traduire la réalité complexe qu’il aborde et nous avons choisi de conserver le terme français. https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000000508749/ consulté 29 novembre 2022

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9 https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000029754374 consulté 28 mai 2025

10 Circulaire relative à la lutte contre les infractions susceptibles d’être commises en lien avec les attaques terroristes subies par Israël depuis le 7 octobre 2023 | Ministère de la justice consulté 20 décembre 2025

11 file:///C:/Users/djoly/Downloads/WEBPOL1048702022ENGLISH%20(3).pdf consulté 21 janvier 2025

12 https://www.ouest-france.fr/politique/bruno-retailleau/meurtre-dans-une-mosquee-du-gard- critique-sur-sa-reaction-bruno-retailleau-va-se-rendre-sur-place-d53241a8-235d-11f0-a188- e932bd8916b7 consulté 21 décembre 2025

13 https://www.interieur.gouv.fr/actualites/dossiers-de-presse/publication-du-rapport-freres- musulmans-et-islamisme-politique-en             

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14 https://www.publicsenat.fr/actualites/politique/gabriel-attal-propose-dinterdire-le-voile-pour-les- moins-de-15-ans-et-souhaite-une-nouvelle-loi-separatisme consulté novembre 2025

15 https://www.printempsrepublicain.fr/notre-manifeste#menu consulté 24 novembre 2022

16  https://www.lefigaro.fr/politique/lutte-contre-les-separatismes-le-verbatim-integral-du-discours-d-emmanuel-macron-20201002 consulté 5 decembre 2022

17  https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/10/23/polemique-apres-les-propos-de-jean-michel-blanquer-sur-l-islamo-gauchisme-a-l-universite_6057164_3224.html consulté 5 avril 2022

18 Il a ensuite été renommé Observatoire d’éthique universitaire (Observatoire d’éthique universitaire)

19 https://www.lepoint.fr/politique/blanquer-lance-son-laboratoire-de-la-republique-ciblant-notamment-le-wokisme-14-10-2021-2447668_20.php consulté 1 avril 2022

20 https://www.soundofscience.fr/2671 consulté 30 mars 2023 https://www.nouvelobs.com/societe/20210216.OBS40320/islamo-gauchisme-a-l-universite-vidal- veut-une-enquete-du-cnrs-des-presidents-denoncent-une-polemique-sterile.html consulté 5 avril 2022

21 https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/02/16/frederique-vidal-lance-une-enquete-sur-l-islamo-gauchisme-a-l-universite_6070195_3224.html   consulté 24 novembre                                  2022

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Colloque annulé au Collège de France : les manœuvres d’universitaires pro-Israël | Blast le souffle de l’info, site d’information français d’actualités et d’investigations indépendant

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102 Au nom de (la lutte contre) l’antisémitisme 2. “Prévenir un génocide, c’est aussi préserver la liberté d’expression à l’Université” | Academia consulté 17 octobre 2025

103 Le COMETS publie un nouvel Avis « Entre liberté et responsabilité : l’engagement public des chercheurs et chercheuses » (n°2023-44), approuvé le 23 juin 2023. Christine Noiville, présidente du comité d’éthique du CNRS : « Les scientifiques ont le droit et la liberté de s’engager » consulté 28 janvier 2025

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105 Temos UMR CNRS 9016 – 23 février 2021, document interne