Barbus, éradicateurs et pouvoir : les recettes recyclées de la division
Y.Boubaker, Ain Temouchent
Depuis quelques semaines, des polémiques puant de très loin l’œuvre et la signature des officines de la police politique et des guerres de clans tentent tant bien que mal de raviver tous les ingrédients de la division, de la haine voire de la confrontation entre toutes les tranches de la population mettant en avant les classiques de la sale guerre, à savoir les démocrates des chars et leurs corollaires féministes d’un côté et de l’autre des missionnaires barbus prêchant à tout va sauf sur les crimes du pouvoir et exhortant les femmes et même les fillettes à s’habiller selon leur vision de la Charia.
Quelques jours auparavant, la très bien informée et non moins liseuse de bonne aventure en matière de danger islamiste, Louiza Hanoune avait tout pressenti et a convoqué les journalistes pour exhorter le pouvoir de mettre un terme au discours misogyne et inquisiteur des islamistes qui envahissent le pays et qui, outre le ministère des Affaires religieuses semblent diriger aussi le ministère de l’Éducation nationale. Heureusement qu’ailleurs tout va très bien.
La trotskiste, le maçon et la sale guerre.
Tout serait parti d’une vidéo virale postée par un monsieur qui exprimait sa colère face à une fillette qui, selon lui, habillée trop court et qui ressemblerait toujours selon ses dires à une petite prostituée, exhortant les bons musulmans à instaurer les habits pudiques auprès de leurs filles dès le jeune âge.
Le « Hadhak el maçon » [1]comme nous le dit la trotskiste qui croit défendre le prolétariat, est aujourd’hui en prison, le procureur requiert 3 ans de prison pour des motifs d’interprétation de la loi et non pour des actes pénalement répréhensibles. A ce sujet il est utile de noter qu’aucune fillette n’a été nommément citée ou filmée, en déplaise à Mme Hanoune qui tente d’influencer la justice et bafoue le principe de présomption d’innocence.
Depuis, les vidéos des pour et des contres font ravage. La toile foisonne de discours, de caricatures et de délations tantôt contre des berbéristes qui insulteraient les symboles de l’Islam et tantôt contre des barbus qui promettent d’appliquer par la force la charia. Sont également présentes en force des publications sur ces hommes et ces femmes massacrés par les dits « terroristes » pendant la sale guerre, toutes suggèrent ce que nous risquons si nous laissons encore faire les barbus. Pourtant et nous ne rappellerons jamais assez, l’article 46 de la loi du Wiam qui interdit au passage ce genre d’écrits et criminalise toute recherche de vérité et toute plainte contre un terroriste (ou un agent de l’Etat) est l’œuvre de l’armée et non des islamistes, les familles de disparus exclues par nos féministes éclairées sont sorties seules affronter les forces de police et se faire molester pour dire non au Wiam, Oui à la vérité alors de qui se moque-t-on.
Sur fond de ras le bol social, d’incendies, de deuils liés à des accidents de la route quasi quotidiens, de Haragas noyés, d’élections législatives bouffonnes, surtout au vu du taux de participation, que cherche le pouvoir avec ses relais d’éradicateurs et de porte-voix des janviéristes ? Récupérer par la haine, la peur et la provocation l’adhésion de ces désenchanté(e)s qui ont cru qu’en soutenant la sale guerre, la torture et les disparitions forcées, ils allaient instaurer la démocratie ? Qui sont ces barbus de service, dont le discours nous rappelle celui des « manachir » (Tracts) sortis droit des casernes de Beni-Messous et Ben-Aknoun ?
Le pouvoir qui n’a jamais cessé en réalité de brandir la menace du terrorisme islamiste et les bienfaits de la sale guerre comme arme dissuasive contre le peuple qui résiste, pourquoi récidive-t-il aujourd’hui avec autant de hargne ?
Dawla Madaniya machi 3askariya et rien d’autre
Aujourd’hui divisé en clans tous d’obédiences à l’étranger, déchiré par des conflits internes et des règlements de compte touchant les hautes sphères de l’armée, le pouvoir est face à un peuple qui ne vote plus, à un contexte international qui ne négocie plus et à une Tunisie, dont le peuple est redescendu dans la rue. Alors quoi de mieux que le danger islamiste pour diviser, effrayer et manipuler les Algériens en rappelant le rôle du pouvoir armé pour protéger la nation, la liberté et la constitution.
Abdelmadjid Tebboune installé par le général Gaid Salah n’oublie pas que durant les moments forts du Hirak et de ses slogans « dawla madaniya machi 3askariya », « Maa tkhawefouneche Bel 3oucheriya » …. Le peuple avait dépassé tous les clichés et tous les clivages. Souvenons-nous de la pitoyable manœuvre des services lors de la Journée internationale de la femme, où il avait comme aujourd’hui tenté de diviser par les féministes et les islamistes fût un échec cuisant.
Les marionnettistes qui ont réduit les espaces d’expression des Algériens au tiktok & Co qu’ils contrôlent de bout en bout, connaissent le danger d’une société qui peut s’autogérer loin de Houkm El 3asker et des médias toxiques de Tebboune. Certes ce n’est pas du jour au lendemain qu’une société paralysée et totalement contrôlée par le DRS peut retisser les liens et s’émanciper, mais rappeler à chaque fois la sale guerre en pensant effrayer est contre-productif dans le temps, car les archives et les témoignages sérieux ne sont sous le contrôle ni des barbus de service experts en gadgets et bigoteries ni des pseudo démocrates qui appellent les chars ni les chalumeaux et les BHL à chaque fois que les urnes ne s’expriment pas dans le sens de leurs fantasmes.
[1] https://www.tiktok.com/@shihabpresse/video/7670981431501360404