Sarkozy – Journal d’un bourgeois narcissique en cellule de velours
M.T
Ce petit livre nous avertit que l’alliance entre le libéralisme débridé et le fascisme naissant a déjà commencé, selon ce personnage corrompu, depuis le confort climatisé d’une cellule parisienne, durant vingt jours, pas plus, au lieu de cinq ans !
La littérature carcérale est censée être un témoignage humain exposant la brutalité du pouvoir et l’anéantissement systématique de la dignité individuelle derrière des murs froids. Pourtant, Nicolas Sarkozy, architecte des politiques néolibérales et ancien président de la République française, a transformé, dans son journal intime à la prison de La Santé, ce genre littéraire raffiné en une ode grotesque débordante de narcissisme flagrant et d’aveuglement de classe. « Journal d’un prisonnier » n’est pas simplement le récit de la brève expérience d’un détenu bourgeois – moins de vingt jours – mais un manifeste politique dangereux qui reflète les profonds bouleversements au sein de la droite française et la tentative désespérée d’une élite corrompue de se réinventer en se victimisant et en embrassant le néofascisme.
Dans une cellule de 12 mètres carrés, équipée d’une télévision, d’un réfrigérateur et d’un bureau, et jouxtant celle de ses gardes du corps, Sarkozy – « Prisonnier 320535 » – redéfinit l’« enfer » comme la simple perte des privilèges bourgeois les plus extrêmes, tandis que les vrais prisonniers en France croupissent sous le poids du surpeuplement, de la violence et du manque de soins médicaux. Cette rhétorique vulgaire révèle la fragilité de l’élite lorsqu’elle est confrontée ne serait-ce qu’à une infime partie de ce qu’elle impose aux autres, et expose l’abjecte mentalité de droit acquis qui perçoit toute responsabilité légale comme une atteinte à la sacralité de sa position.
Cependant, l’aspect le plus dangereux de ces mémoires dépasse les lamentations sur le luxe perdu et touche au cœur même du livre, à sa dimension politique. Dans son texte, Sarkozy présente une proposition politiquement séduisante à l’extrême droite, révélant les prémices d’une nouvelle alliance de classes. Ses éloges explicites de Marine Le Pen et sa gratitude pour son soutien durant ses démêlés judiciaires marquent un tournant dans le déclin de « la droite républicaine » traditionnelle. Sarkozy rejette catégoriquement la stratégie du « Front républicain », cette convention politique qui a longtemps uni la gauche parlementaire et la droite modérées pour empêcher l’extrême droite d’accéder au pouvoir. En déclarant que le Rassemblement national (le parti de Le Pen) « ne représente aucune menace pour la République », il accorde un pardon historique aux héritiers du fascisme, ouvrant la voie à une alliance organique de l’extrême droite. Ce rapprochement reflète sans aucun doute la volonté du capitalisme français de trouver un nouveau garant de ses intérêts face à l’érosion des pouvoirs traditionnels, même si ce garant est imprégné de racisme et de xénophobie.
De plus, dans son livre, Sarkozy se livre à un « blanchiment » systématique d’une longue histoire de corruption, cherchant à se présenter comme une victime politique. Son narcissisme atteint des sommets délirants lorsqu’il se compare à Alfred Dreyfus, l’officier juif victime d’une injustice historique due au climat d’antisémitisme. Cette comparaison fallacieuse constitue une parodie de l’histoire et une falsification des faits. Sarkozy n’a pas été emprisonné en raison de sa religion ou de son origine ethnique, ni victime d’un complot militaire. Il a été condamné pour des faits liés à la corruption financière et à la réception de fonds du régime libyen pour financer sa campagne électorale. Sa tentative de transformer l’affaire du « financement libyen » en un « complot de gauche » ou en une « vengeance judiciaire » relève davantage d’une tactique populiste visant à saper la confiance du public dans les institutions judiciaires et à présenter les individus corrompus comme des héros tragiques luttant contre l’« État profond ».
Dans ce contexte de règlement de comptes, Sarkozy ne manque jamais une occasion d’attaquer son ancien protégé, Emmanuel Macron. Cependant, les critiques de l’ancien président à l’égard du président actuel ne découlent pas d’un désaccord fondamental sur les politiques qui ont appauvri le peuple français, mais plutôt de motifs purement personnels liés au « manque de courage » de Macron de le contacter ou de lui retirer sa Légion d’honneur. Ce reproche entre « amis devenus ennemis » révèle le vide du conflit politique au sein de l’élite dirigeante ; il ne s’agit nullement de programmes ou de visions, mais, comme toujours, d’une lutte d’égos démesurés en quête de symboles et de statut, tandis que la société s’enfonce toujours plus dans ses crises économiques.
Le livre « Journal d’un prisonnier » est davantage une accusation contre son auteur qu’une défense, une nouvelle mise à nu du visage hideux d’une élite politique qui n’hésite pas à s’allier avec le diable pour protéger ses intérêts et qui déplore sans vergogne sa prospérité perdue tout en précipitant la société dans l’abîme. Il faut y voir un avertissement : l’alliance entre le libéralisme débridé et le fascisme naissant a déjà commencé, inaugurée par un individu corrompu, bien à l’abri dans sa cellule climatisée parisienne.