Entretien avec Houria Bouteldja : « La France identitaire hantée par son spectre colonial »
Algeria-Watch 17 mars 2026
La situation politique en France est de plus en plus tendue. Le discours raciste est libéré sans réelle restriction, les médias publics tendent de plus en plus à ressembler aux médias privés aux mains d’une oligarchie parfois ouvertement néofasciste. La direction, de l’État, incarné par un président de la République largement discrédité n’a plus que la manipulation pour s’agripper au pouvoir en donnant tous les gages à une extrême-droite arabophobe et prosioniste.
Face à une situation socio-économique peu favorable et à la montée des colères populaires, l’oligarchie encourage au maximum les tropismes racistes d’une part significative des couches défavorisées. Les différentes minorités, les français issus de l’immigration sont présentés comme une cinquième colonne ennemie destinée à changer l’identité de la France. Seule La France Insoumise s’oppose à ces tensions racistes ultra réactionnaires, lourdes de danger, qui n’émanent pas seulement de l’extrême-droite. Dans le paysage politique français hostile et régressif, seul le mouvement de Jean-Luc Mélenchon apporte une dimension positive, pleinement démocratique et ouverte sur le monde.
Ce climat français déjà pathogène est de plus en plus délétère à l’approche des élections présidentielles prévues en 2027. L’héritage colonial non soldé, en particulier vis-à-vis du peuple algérien, les conflictualités globalisées qui semblent préfigurer une rupture violente généralisée, le soutien d’une large partie des institutions aux artisans du génocide à Gaza sont propices à une dérive autoritariste de plus en plus perceptible.
Pour discuter de ces thèmes qui intéressent beaucoup les amis d’AW, en Algérie et à travers le monde, nous reçevons Houria Bouteldja, une des figures majeures de la dynamique décoloniale en France et en Occident. Houria Bouteldja, une des fondatrices du Parti des Indigènes de la République qu’elle a quitté pour former le QG Décolonial est l’auteur de nombreuses contributions, notamment de deux très importants essais politiques Les Blancs, les Juifs et nous : vers une politique de l’amour révolutionnaire (2016) et Beaufs et barbares, Le pari du nous (2023) aux éditions La Fabrique.